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15.09.2026

« Comme les pages d’un livre d’histoire »

Le pollen est surtout connu comme responsable du rhume des foins. Pour la recherche, il constitue pourtant un précieux témoin du passé : conservé pendant des millénaires dans les sédiments des lacs et des marais, il permet de retracer l’évolution des paysages, du climat et des activités humaines. Dans cet entretien, le paléoécologue Dr Fabian Rey explique ce que ces minuscules grains révèlent sur plus de 7000 ans d’histoire du paysage du Plateau suisse. 

© by aha! Allergiezentrum Schweiz

Entretien avec Dr Fabian Rey
Paléoécologue

 

La plupart des gens associent le pollen au rhume des foins. Vous l’utilisez pour reconstituer l’histoire des paysages et des occupations humaines. Comment cela fonctionne-t-il ?

Chaque plante produit des grains de pollen dont la forme est caractéristique. Lorsqu’ils se déposent au fond d’un lac, ils sont conservés couche après couche dans les sédiments, comme les pages d’un livre d’histoire. En identifiant et en datant les pollens présents dans chaque couche, nous pouvons déterminer quelles plantes poussaient dans une région et reconstituer l’évolution des paysages, du climat et de l’utilisation du sol au fil des millénaires.

Que vous ont appris les sédiments polliniques du Moossee, du Burgäschisee et du Hüttwilersee sur l’évolution du paysage du Plateau suisse ?

Nos données montrent comment, après la dernière période glaciaire, le Plateau suisse est passé d’une toundra ouverte à de vastes forêts. Avec l’arrivée des premières communautés agricoles, le paysage s’est progressivement ouvert : les forêts ont été défrichées pour faire place aux champs et aux pâturages. Depuis lors, des phases d’exploitation intensive alternent avec des périodes de reboisement. Le paysage rural actuel est ainsi le résultat de plus de 7000 ans d’interactions entre l’être humain et son environnement.

Pourquoi les grains de pollen sont-ils particulièrement bien adaptés pour mettre en évidence les changements environnementaux sur plusieurs millénaires ?

Les grains de pollen possèdent une enveloppe extrêmement résistante. En l’absence d’oxygène, ils peuvent se conserver pendant plusieurs milliers d’années dans les sédiments lacustres. Comme chaque espèce végétale produit un pollen qui lui est propre, il est possible de reconstituer avec une grande précision les anciennes forêts, prairies ou terres cultivées. Les sédiments des lacs forment en outre une succession chronologique continue, ce qui permet souvent de dater les changements à quelques décennies près.

Quels indices des activités humaines et des premiers peuplements peut-on retrouver dans les pollens ?

Avec les débuts de l’agriculture apparaissent pour la première fois des pollens de céréales ainsi que des plantes adventices typiques des cultures. Parallèlement, la proportion de pollen d’arbres diminue, ce qui indique des défrichements. Les particules de charbon de bois témoignent de l’usage du feu, tandis que les spores de champignons liés aux déjections animales signalent la présence de bétail. Les sédiments permettent ainsi d’identifier des phases de peuplement, des périodes d’intensification agricole ou encore des crises telles que les épidémies de peste.

Si vous pouviez transmettre au grand public un enseignement essentiel issu de vos recherches, quel serait-il ?

Le pollen raconte bien plus que l’histoire des allergies. Il constitue l’une des archives naturelles les plus précieuses de notre histoire environnementale et montre à quel point les liens entre l’être humain et la nature sont étroits depuis des millénaires. Nos recherches révèlent également que les paysages ruraux traditionnels, riches et diversifiés, ont souvent favorisé la diversité végétale, alors que celle-ci recule aujourd’hui dans de nombreuses régions sous l’effet de l’agriculture intensive moderne.

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