Interview d'experte : Désensibilisation
Chez les enfants, une allergie aux acariens peut être particulièrement pénible au quotidien. La désensibilisation peut contribuer à réduire durablement les symptômes. Dans notre interview, la Dre Bettina Bogatu, pédiatre et allergologue, explique comment se déroule ce traitement.

Dr. Bettina Bogatu
Pédiatre et allergologue
Une immunothérapie spécifique, ou désensibilisation, peut soulager durablement les symptômes d’une allergie aux acariens. Cependant, un test d’allergie positif ne suffit pas à lui seul à déterminer si le traitement sera utile. Dans quels cas une désensibilisation est-elle indiquée ? À quels résultats peut-on s’attendre ? Et à quoi faut-il veiller pendant le traitement ? Nous en parlons avec la Dre Bettina Bogatu, pédiatre et allergologue, médecin-cheffe en allergologie pédiatrique à l’Hôpital cantonal de Winterthour (KSW).
Qui peut bénéficier de ce traitement ?
Les personnes souffrant d’une allergie aux acariens qui affecte leur quotidien et qui souhaitent améliorer durablement leur situation devraient absolument demander conseil à un ou une spécialiste, car nombre d’entre elles pourraient bénéficier d’un tel traitement.
Quand recommandez-vous une immunothérapie spécifique ?
L’allergie aux acariens doit être clairement établie. Un test d’allergie positif ne suffit pas à lui seul. Il est essentiel que le résultat du test corresponde aux symptômes réellement ressentis.
Par ailleurs, des mesures visant à réduire l’exposition aux allergènes devraient être mises en place avant de commencer une immunothérapie spécifique. Dans certains cas, elles permettent déjà de bien contrôler la situation. Lorsque ce n’est pas le cas et que les symptômes ont un impact important sur la qualité de vie, notamment si l’allergie touche également les voies respiratoires inférieures et qu’elle est associée à un asthme bronchique dû aux acariens, l’immunothérapie spécifique peut constituer une option thérapeutique très pertinente pour réduire durablement les symptômes.
Dans quels cas la déconseillez-vous plutôt ?
Une immunothérapie spécifique n’est généralement pas nécessaire lorsque les symptômes et leur impact sur la qualité de vie sont faibles. Dans de rares cas, le bilan diagnostique peut également montrer que les chances de succès d’une immunothérapie spécifique sont limitées. Il convient alors de discuter soigneusement de l’opportunité de tenter malgré tout le traitement. Certaines maladies préexistantes peuvent également constituer une contre-indication à l’immunothérapie spécifique. Cela reste toutefois rare et fait l’objet d’une évaluation avant le début de chaque traitement.
Quels effets peut-on attendre du traitement ?
Une immunothérapie spécifique peut améliorer durablement l’évolution d’une allergie aux acariens. Il s’agit du seul traitement susceptible d’agir durablement sur la cause des symptômes plutôt que de seulement les soulager. Pour de nombreuses patientes et de nombreux patients, cela se traduit par une diminution nettement perceptible des symptômes ainsi que par un moindre besoin de médicaments. Il n’est toutefois pas possible de garantir le succès du traitement. Dans de rares cas, certaines personnes ne constatent aucune amélioration malgré une immunothérapie correctement suivie.
Le traitement peut-il prévenir l’asthme ?
Les études montrent qu’une immunothérapie spécifique exerce un effet positif sur l’allergie dans son ensemble ainsi que sur l’évolution d’un asthme allergique. Le recours aux traitements inhalés et la sévérité de l’asthme peuvent diminuer. À ce jour, les études n’ont pas permis de démontrer clairement si l’immunothérapie peut empêcher l'apparition d’un asthme chez une personne souffrant d’une allergie respiratoire, mais certains éléments vont dans ce sens. Dans tous les cas, l’immunothérapie spécifique est particulièrement recommandée chez les personnes souffrant déjà d’asthme bronchique.
Injections ou comprimés/gouttes : quelle méthode convient le mieux ?
L’immunothérapie sous-cutanée, administrée par injections, comme l’immunothérapie sublinguale, administrée sous forme de comprimés ou de gouttes, donnent de très bons résultats, à condition d’être précisément adaptées aux allergies de la patiente ou du patient. Les deux formes peuvent donc être recommandées de manière équivalente. Le choix dépend avant tout de la situation individuelle de la personne concernée, de ses préférences, par exemple en cas de peur des injections, et des éventuelles maladies concomitantes. La principale différence est probablement d’ordre organisationnel : le traitement par injections est administré au cabinet médical, tandis que le traitement par comprimés ou gouttes est effectué en grande partie à domicile.
Que faut-il savoir avant de commencer une immunothérapie spécifique ?
Une immunothérapie est un traitement à long terme qui demande de la patience. Quelle que soit la forme choisie, le traitement s’étend généralement sur trois ans.
Les premiers effets positifs apparaissent le plus souvent au cours de la première année. Il arrive toutefois qu’ils se fassent attendre et ne deviennent clairement perceptibles qu’au cours de la deuxième, voire de la troisième année.
Avant de commencer le traitement, il est important de recevoir des explications détaillées, notamment concernant les éventuels effets indésirables, afin de savoir précisément à quoi s’attendre. Pour obtenir les meilleurs résultats possibles, il est important de suivre le traitement régulièrement et de ne pas l’interrompre prématurément.
Trois ans de traitement, cela paraît long. Qu’en dites-vous ?
C’est vrai, trois ans représentent une longue période. Mais l’objectif est d’obtenir un effet durable, si possible à vie, et pour cela, un traitement de plusieurs années semble effectivement nécessaire. D’après notre expérience, les patientes et les patients s’habituent rapidement au traitement et, pour la plupart, celui-ci entraîne peu de contraintes au quotidien.
Que se passe-t-il si l’on oublie souvent de prendre les comprimés ou si l’on manque des rendez-vous ?
Le succès du traitement dépend en grande partie de sa régularité. Des interruptions ponctuelles ne posent généralement pas de problème, mais des oublis fréquents peuvent réduire son efficacité.
Il convient donc d’éviter autant que possible les interruptions et d’en discuter avec le ou la médecin traitant·e. Si une personne décide, au cours des trois années, de ne pas poursuivre le traitement, elle peut l’arrêter à tout moment. Un arrêt prématuré réduit considérablement l’efficacité de la thérapie, mais n’entraîne pas d’autres inconvénients.
Quelles idées reçues rencontrez-vous fréquemment ?
On pense souvent que l’immunothérapie spécifique ne peut être envisagée qu’à partir de l’adolescence ou de l’âge adulte. Or ce n’est pas le cas. Chez de nombreux enfants, elle peut être initiée dès l’âge de cinq ans et donner de très bons résultats. Les chances de succès sont même souvent plus grandes lorsque le traitement est commencé tôt.
Il est également important de savoir qu’un test d’allergie positif ne signifie pas automatiquement qu’une désensibilisation est indiquée. Une évaluation individuelle approfondie est toujours nécessaire pour déterminer si ce traitement est approprié et évaluer les chances de succès.
Heureusement, il est possible dans la plupart des cas de proposer une prise en charge adaptée qui contribue à atténuer les symptômes et à améliorer sensiblement la qualité de vie.

