15.09.2026

Matériaux de construction liés aux allergies

Une odeur de renfermé, mais aucune trace de moisissure ? Ou des symptômes tels qu’une toux ou des yeux irrités qui apparaissent systématiquement lorsque vous êtes chez vous ? Certaines colles, peintures, revêtements de sols en PVC peuvent dégager des substances nocives qui affectent les personnes allergiques ; la moisissure est également un facteur déclencheur fréquent. Dans cette interview, la professeure Joëlle Goyette Pernot explique comment améliorer la qualité de l’air intérieur à l’aide de moyens simples – et ce que les personnes concernées peuvent faire si elles soupçonnent que le problème provient de leur propre logement.

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Interview avec la Dre Joëlle Goyette Pernot
Professeure et Déléguée radon de l’office fédéral de la santé publique pour la Suisse romande/Présidente de l’Observatoire romand et tessinois de la qualité de l’air intérieur (ORTQAI)

 

Quels matériaux de construction sont particulièrement critiques du point de vue de la santé, du point de vue des allergies ?

Les matériaux de construction les plus critiques pour la santé dont les allergies sont certainement les matériaux émissifs. Ce sont des matériaux qui émettent des composés organiques volatils ou semi volatils. Parmi ces matériaux nous pouvons identifier les colles, peintures, masses d’étanchéité, panneaux en produits dérivés du bois, revêtements de sols en PVC par exemple. C’est pourquoi, il faut effectuer des choix éclairés en s’appuyant sur des labels de produits qui permettent de savoir jusqu’à quel point le produit est bon pour la santé et/ou l’environnement.

La moisissure est un sujet de préoccupation majeur pour de nombreuses personnes également chez les personnes allergiques. Quelles conditions favorisent la formation de moisissures, et comment reconnaître les premiers signes avant-coureurs ?

Les moisissures sont des organismes vivants qui aiment les environnements dans lesquels elles trouvent humidité et nutriments, conditions déterminantes, ainsi que des température, pH légèrement acide et luminosité qui leur sont favorables. Le seuil de croissance optimum des moisissures se situe entre 80 et 95% d’humidité relative. Cette dernière est indispensable pour la formation et la germination des spores ainsi que le développement du mycélium. Les températures optimales pour la croissance des moisissures se situe entre 30 et 45°C. La lumière n’est pas nécessaire à leur croissance et elles ont besoin de peu d’oxygène. Il faut savoir qu’elles sont omniprésentes dans notre environnement intérieur et extérieur mais certaines peuvent synthétiser des mycotoxines et des substances volatiles qui peuvent être hautement nocives pour notre santé. Elles iront de préférence se loger sur les murs, plaques ou panneaux de plâtre, le mobilier, les textiles, le papier peint, les tapis et moquettes. Parmi les premiers signes avant-coureurs il y a l’odeur de moisi. Elle peut être là sans que pour autant la moisissure ne soit visible.

Existe-t-il des conseils simples et faciles à mettre en pratique au quotidien qui permettent d’améliorer sensiblement la qualité de l’air chez soi, même sans budget important ?

Le premier conseil que nous pouvons donner est : aérer régulièrement l’environnement intérieur dans lequel vous vous trouvez ! On recommande en principe d’ouvrir largement les fenêtres (aération traversante si possible) ; pendant environ 5 à 10 minutes ; plusieurs fois par jour selon l'occupation. Il est préférable d'aérer brièvement mais intensément plutôt que de laisser une fenêtre entrouverte pendant longtemps et ceci en particulier l’hiver pour éviter les pertes énergétiques.

Le second conseil est de choisir de manière raisonnée les produits couramment employés pour l’entretien, les produits d’hygiène, le bricolage… Choisir de préférences des produits non émissifs en se basant sur les labels qui les identifient.

Lorsque l’on cherche un logement ou que l’on construit une nouvelle maison : à quoi faut-il prêter une attention particulière lors du choix des matériaux si l’on est sujet aux allergies respiratoires ou aux maladies respiratoires ?

Dans le cas de la construction, il faut anticiper les objectifs sanitaires à atteindre et anticiper les choix de matériaux appropriés. De manière générale, il faut savoir que les matériaux minéraux (pierre, brique, mortier, béton, chaux, verre et peinture au silicate) ainsi que les métaux et le bois massif ne rejettent pas ou très peu de substances dans l’air. Les produits sans solvants émettent nettement moins que les produits qui en contiennent. Il faut également être vigilants car tous les matériaux dits « naturels » ne sont pas pour autant non toxiques. Il faut choisir et employer des produits qui ont été évalués et dont les émissions sont limitées.

On peut aussi prêter attention au site car on sait que la qualité de l’air extérieure va impacter l’air intérieur (ex. proximité d’un axe routier, d’une station-service…).

Quelles sont les erreurs les plus courantes que les gens commettent lors de travaux de rénovation, sans savoir qu’ils détériorent ainsi la qualité de l’air intérieur ?

Le « parent pauvre » de la rénovation est très souvent le concept de renouvellement d’air a minima attendu selon la norme SIA 180. La plupart des bâtiment rénovés sans intégrer ce concept voire l’installation d’un système de ventilation mécanique voient la qualité de l’air intérieur se dégrader après les travaux en raison de la trop grande étanchéité à l’air après travaux.

Combien de temps faut-il attendre après des travaux de rénovation avant l’emménagement ? Existe-t-il une règle générale à ce sujet ?

Il n’y a pas de règle précise mais il est recommandé d'aérer abondamment les locaux pendant plusieurs jours. Dans le cas de rénovations conséquentes qui impliquent des peintures, colles ou de nouveaux revêtements, il faudrait pouvoir dans l’idéal attendre quelques semaines avant l'emménagement. Si les matériaux sont faiblement émissifs et que la ventilation est efficace alors on peut réduire ce délai et limiter l'exposition aux polluants de l'air intérieur.

Dans le cas de la construction, le bâtiment peut prendre 1 à 2 ans pour perdre son eau de chantier. La ventilation est déterminante dans ce cas-là également.

Que conseilleriez-vous à une personne qui souffre depuis des années de troubles chez elle et qui ne sait pas si cela est dû à son logement ?

Si les troubles apparaissent lorsqu’elle est chez elle, alors il y a tout lieu de faire faire des mesures de la qualité de l’air intérieur. Il y a des bureaux qui proposent la mesure des composés organiques volatiles, des semi volatils et des bio-contaminants. Néanmoins, ces mesures peuvent être relativement onéreuses. Alors la première mesure peut être de se procurer un moniteur de CO2 pour commencer par contrôler le degré de confinement du logement. S’il est élevé, une amélioration de l’aération devrait aider. Si les symptômes persistent alors il vaut mieux consulter un médecin allergologue voire un médecin de l’environnement et faire faire les mesures de qualité de l’air intérieur par des professionnels formés qui pourront accompagner la personne pour l’aider à comprendre la problématique associée à son logement.

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