Échapper aux pollens

Souffrir du rhume des foins pendant les vacances: une vision horrible pour les personnes allergiques. Benoît Crouzy, expert en matière de pollens de MétéoSuisse, explique pourquoi les Tropiques sont un bon tuyau et pourquoi il n’y a pas de garantie malgré tout.

Image d'un lac de montagne

Benoît Crouzy, vous vous occupez tous les jours des pollens. Je suppose que vous avez donc intérêt à ne pas être allergique?

Je ne suis pas continuellement exposé aux pollens, mais effectivement je n’y réagis pas – heureusement. Ce qui n’est pas le cas de mon fils qui y est extrêmement allergique. Nos dernières vacances familiales sur l’île de Sylt lui ont toutefois fait beaucoup de bien.

Peut-on l’expliquer avec l’aérobiologie?

Je pense que oui. Nous savons que les régions côtières de la Mer du nord, notamment les îles comme Sylt, sont des destinations bénéfiques pour les personnes allergiques au pollen. Le vent qui souffle de la mer emporte au loin les grains de pollen. C’est évidemment tout aussi valable pour les autres régions insulaires. Les Canaries sont également une destination prisée, probablement aussi parce qu’elles sont facilement accessibles.

Est-ce que le vent marin est la seule chose sur laquelle les personnes allergiques au pollen peuvent miser?

Non. C’est surtout la végétation locale qui détermine si la personne allergique aura des problèmes ou non. Les régions plus froides, avec peu de végétation, sont donc particulièrement appropriées, par exemple l’Islande. Ou encore le Groenland, qui est d’ailleurs ma destination préférée. Mais les personnes allergiques au pollen ne peuvent jamais se sentir totalement en sécurité.

Pourquoi?

Le Groenland est recouvert de glace à 85 %. Et pourtant, des amis de la région se sont plaints de réactions allergiques au pollen. Ils supposent que c’est à cause des fleurs jaunes avec lesquelles ils décorent leurs maisons. Personnellement, je pense plutôt que les coupables sont les graminées importées d’Europe qui poussent dans leurs jardins. Il n’y a donc probablement aucun endroit au monde où l’on est totalement à l’abri des pollens.

Éviter les endroits fortement touchés et les périodes de floraison suffit souvent?

Tout à fait. Outre les régions dont je parlais, les endroits à haute altitude aussi sont particulièrement intéressants. Les vacances à la montagne font donc du bien: on peut déjà compter sur nettement moins de pollens à partir de 1 500 mètres.
 

«Il n’y a probablement aucun endroit au monde où l’on est totalement à l’abri des pollens.»

Benoît Crouzy


Comment l’aérobiologie arrive-t-elle à de telles conclusions?

En observant exactement la concentration des pollens. Avec MétéoSuisse, la Suisse est le premier pays au monde qui mesure automatiquement les pollens depuis 2023. Nous avons 15 stations qui livrent les valeurs actuelles toutes les heures. Auparavant, nous comptions les pollens sous le microscope une fois par semaine. Ces nouvelles données en temps réel peuvent facilement être intégrées dans nos modèles météorologiques, ce qui permet des pronostics polliniques nettement plus précis.

En tant que personne allergique au pollen, puis-je également compter sur des mesures fiables si je vais à l’étranger?

Certainement à de nombreux endroits. En Europe surtout, même si les mesures sont encore majoritairement manuelles. La Suisse a toutefois lancé une initiative à laquelle participent 20 pays jusqu’à présent. Ensemble, nous voulons passer à une mesure en temps réel partout et 58 stations automatiques ont ainsi été installées en Europe ces dernières années. Mais les mesures et les pronostics ne sont pas vraiment utiles lorsqu’il s’agit des projets de vacances. Car les vacances sont normalement planifiées longtemps à l’avance et la situation pollinique du moment n’est donc d’aucune aide.

Que faire si je voyage dans le monde alors que je suis allergique au pollen?

S’informer sur la destination visée est recommandé: qu’est-ce qui fleurit là-bas? Et quand? D’une manière générale, mes chances d’avoir moins de problèmes s’améliorent si je pars très loin. Si je quitte l’Europe, je retrouve bien plus vite une autre végétation. Les régions tropicales sont un bon exemple. Nous ne sommes généralement pas allergiques à cette végétation locale parce que notre système immunitaire n’a pas encore appris à y réagir. Même les graminées des Tropiques contiennent des allergènes qui sont moins problématiques pour nous.

Ce qui est indigène change pourtant beaucoup actuellement à cause du changement climatique, non?

Nous voyons effectivement des changements. Nous remarquons déjà maintenant que la saison pollinique s’allonge: le noisetier, par exemple, fleurit en moyenne deux semaines plus tôt qu’avant. Et des plantes du sud comme l’olivier devraient s’implanter plus souvent chez nous aussi. Cela pourrait signifier de nouveaux problèmes pour les allergiques. Mais tout cela ne se produit pas du jour au lendemain. Il faudra encore relativement beaucoup de temps avant que les plantes du Sud ne s’installent chez nous.

Sur la personne: Benoît Crouzy est titulaire d’un doctorat en physique et chargé de cours à l’EPFL, Lausanne. Depuis neuf ans, il travaille à Payerne pour MétéoSuisse, où il est responsable du nouveau réseau de mesure des pollens automatisé. Benoît Crouzy vit avec sa famille dans le canton de Fribourg.